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RetourEn réponse au reportage sur le bégaiement de l'émission "Une pilue, une petite granule"

La semaine dernière, l’émission Une pilue, une petite granule, sur les ondes de Télé-Québec, présentait un reportage sur le bégaiement. On y traitait l’aspect héréditaire du trouble, ce qui est très intéressant car son influence est bien reconnue parmi les chercheurs et intervenants dans le domaine (une personne qui bégaie a 30% à 60% de chance d’avoir un autre membre de sa famille qui bégaie contre 10% pour quelqu’un qui ne bégaie pas, Yairi & coll., 1996), mais peu connue du public. Cependant, les informations données au sujet du traitement et du pronostic pour les enfants qui bégaient ne reflètent pas les approches et données actuelles.

Le bégaiement chez l’adulte est souvent bien ancré et le traitement orthophonique, bien qu’il puisse améliorer la fluidité, vise surtout un meilleur contrôle de la parole et non la disparition du trouble. Souvent, un effort conscient est nécessaire de la part de la personne. Beaucoup d’études ont été faites chez cette clientèle et, par le passé, on a extrapolé les résultats à la clientèle des enfants. Or, les recherches des dernières années montrent que la situation est bien différente chez les enfants. Aussi, un très haut taux de récupération de la parole fluide est présent chez les enfants (65% à 85%, Yairi & Ambrose, 1992; Yairi et coll., 1993, 1996), avec et sans traitement, pour des enfants ayant ou pas des membres de leur famille qui bégaient. D’ailleurs, beaucoup de jeunes, traités en bas âge, ne présenteront plus de bégaiement plus tard. Aussi, le pronostic est très positif pour la clientèle des enfants qui bégaient, surtout si on intervient précocement quand le problème dure plus d’un an.

Pour ce qui est du traitement, l’approche présentée dans le reportage ne reflète pas la pratique actuelle pour l’intervention auprès des enfants qui bégaient au Québec. Au cours des dernières années, de nombreuses études ont démontré l’efficacité d’approches de type comportementales, où l’on ne montre pas à l’enfant une nouvelle manière de parler. On utilise plutôt les renforcements positifs de la fluidité pour que ce comportement se généralise. Le Programme Lidcombe (Onslow et coll., 2003), basé sur le conditionnement opérant, est actuellement l’approche qui est reconnue comme étant la plus efficace auprès des enfants qui bégaient (Bothe et coll., 2006). C’est d’ailleurs cette approche qui prévaut dans la plupart des centres hospitaliers et de réadaptation du Québec. Avec cette approche, la fluidité normale est atteinte en moyenne en 12 à 16 rencontres (Jones et coll., 2000; Kingston et coll., 2003). Suit une phase de maintien où l’on accompagne les parents et l’enfant sur une période d’environ un an, en espaçant les rencontres, pour s’assurer que la fluidité demeure. Il n’y a donc pas de stratégies de fluidité montrées et le traitement ne s’étend sur une longue période de temps. Dans la majorité des cas, la fluidité est atteinte et se maintient et le jeune ne se rappelle même plus qu’il a déjà bégayé.

Sachez aussi que contrairement à ce qui a été mentionné dans le reportage, la plupart des centres publics du Québec offrant un suivi pour les enfants qui bégaie voient les jeunes de 3 à 18 ans. C’est notamment le cas au Centre de réadaptation Marie Enfant, à l’Institut Raymond-Dewar et au Centre MacKay de Montréal. Même chose pour l’Hôpital Juif de réadaptation de Laval et le Centre montérégien de réadaptation, en Montérégie.

Je crois que cette information doit être connue de la population. Oui, il importe d’être attentif à la parole de l’enfant, d’autant plus s’il y a du bégaiement dans la famille. Oui, il vaut mieux consulter en orthophonie si le bégaiement dure plus d’un an ou si l’enfant a plus de 4 ½
ans. Cependant, la présence de bégaiement en bas âge ne signifie pas que le bégaiement durera toute la vie et, surtout, il faut savoir que c’est, de façon générale, un trouble qui se traite très bien avant 10-12 ans et qui ne laissera souvent pas de séquelle.

Natacha Beausoleil, M.O.A.

Orthophoniste

 

RÉFÉRENCES

Jones, M., Onslow, M., Harrison, E. & Packman, A. (2000) “Treating stuttering in young children: Predicting treatment time in the Lidcombe Program”. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 43, 1440-1450.

Kingston, M., Huber, A., Onslow, M., Jones, M. & Packman, A. (2003). “Predicting treatment time with the Lidcombe Program: Replication and meta-analysis”. International Journal of Language and Communication Disorders, 38, 165-177.

Onslow, M., Packman, A. & Harrison, E. (2003). The Lidcombe Program of Early Stuttering Intervention: A Clinician’s Guide. Austin, TX: Pro-Ed.

Yairi, E. & Ambrose, N.G. (1992). “A longitudinal study of stuttering in children: A preliminary report”. Journal of Speech and Hearing Research, 35, 755-760.

Yairi, E., Ambrose, N.G. & Cox, N.J. (1996). “Genetics of stuttering: A critical review”. Journal of Speech and Hearing Research, 39, 771-778

Yairi, E., Ambrose, N.G. & Niermann, R. (1993). “The early months of stuttering: A developmental study”. Journal of Speech and Hearing Research, 36, 521-528



publié par: Natacha Beausoleil | Orthophoniste | natachabeausoleil.com


Très rassurant de lire cette précision suite à la diffusion du reportage (que je n'ai pas encore vu). Ayant une petite fille de 5 ans 1/2 qui a des phases de bégaiement depuis l'été dernier, je suis plus attentive à la fluidité du langage chez les enfants d'un âge similaire à celui de ma fille. Je remarque que plusieurs enfants de cet âge bégaie (en début de phrase) et ne sont pas traîtés actuellement. Je trouve donc rassurant de savoir que dans plusieurs cas, il y aura disparition avec ou sans traitement.

commenté par: Fany Désormeaux le 19-12-2011

En fait, il est fréquent que l'on pense que notre enfant bégaie car il hésite en début de phrases. Par contre, pour les enfants entre 2 et 5 ans, comme ils sont en train de développer leur langage, leur coordination motrice, leurs structures de phrases, l'organisation du discours..., il arrive fréquemment qu'ils hésitent. Quand leur musculature mature et qu'ils deviennent compétent pour structurer leurs phrases et leurs idées, on ne voit plus d'hésitations. On peut donc dire que oui, ça disparaît, mais ce n'était pas un vrai bégaiement. Le problème est que souvent les parents ne font pas toujours la différence entre le vrai et le faux bégaiement. Il est donc important au moins de se renseigner auprès d'une orthophoniste.

Aussi, d'autres problématiques peuvent s'apparenter au bégaiement pour le commun des mortels si je peux m'exprimer ainsi. Par exemple, le trouble d'accès lexical qui est un problème à trouver rapidement nos mots. Dans ce cas, les enfants cherchent leurs mots et donc, ils hésitent. On voit des : «euh, mais mais mais, maman, je je je je je veux manger au restaurant».

commenté par: Céline le 21-12-2011

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